Heger Association d'Avocats

Pendant la période où le Congo était une colonie belge, des enfants sont nés d'un père blanc et d'une mère noire. La plupart d'entre eux n'étaient pas reconnus par leur père.
Les mamans furent contraintes d'abandonner ces enfants, parfois seulement âgés de deux ans, alors qu'ils vivaient avec elles. Ils n'étaient ni abandonnés ni délaissés ni orphelins. Ils leur étaient enlevés et placés dans une institution religieuse. Les documents officiels des archives coloniales le rappellent : « des rapts d'enfants métis (...)

- Février 2022 / Crime contre l'humanité, Prescription, Colonisation, Métis - Métisses, Congo

Pendant la période où le Congo était une colonie belge, des enfants sont nés d'un père blanc et d'une mère noire. La plupart d'entre eux n'étaient pas reconnus par leur père.

Les mamans furent contraintes d'abandonner ces enfants, parfois seulement âgés de deux ans, alors qu'ils vivaient avec elles. Ils n'étaient ni abandonnés ni délaissés ni orphelins. Ils leur étaient enlevés et placés dans une institution religieuse. Les documents officiels des archives coloniales le rappellent : « des rapts d'enfants métis ont été organisés par des officiers de l'État belge et mis en œuvre avec le concours de l'Église ».

Cinq femmes contre l'État belge

Cinq femmes, quatre Belges et une Française, nées entre 1946 et 1950, ont été enlevées à leur mère, à leur village, et se sont retrouvées dans la mission catholique de Katende, tenu par des religieuses néerlandophones. Elles affirment y avoir subi de mauvais traitements.
Le 24 juin 2020, elles ont demandé au tribunal de condamner l'État belge à leur payer un montant provisionnel de 50 .000 euros par personne. Elles lui ont aussi demandé de désigner un expert judiciaire pour évaluer le dommage moral (pour le surplus).
Elles estiment que l'État belge a commis deux sortes de fautes entre 1948 (arrivée des premières métisses à la mission) et 1961 (départ de la dernière des cinq femmes) :

  • des crimes contre l'humanité ;
  • des violations de leurs droits fondamentaux : traitements inhumains et dégradants, discrimination fondée sur la race ; atteinte à leur liberté d'aller et venir, à leur vie privée et familiale, droit à une réparation.
    Leurs avocats parlent de « système généralisé, mis en place par l'État belge et motivé par le racisme.

Un crime qui n'existait pas

Les cinq dames métisses estimaient être victimes d'un crime contre l'humanité. Or, les crimes contre l'humanité peuvent toujours être jugés, ils sont imprescriptibles.
Ce 8 décembre 2021, le tribunal civil de Bruxelles a rendu son jugement. Il estime que « le placement d'enfants métis dans des institutions religieuses pour des motifs raciaux n'était pas, entre 1948 et 1961, considéré par la Communauté des États comme un crime contre l'humanité ». L'État belge ne peut donc pas être puni pour un crime qui n'existait pas au moment des faits. En effet, en droit belge, il sera seulement question en 1999 de « crime contre l'humanité » pour des faits de ce type.
Et le tribunal ajoute : « Aussi inacceptables soient-ils, ces agissements même illégaux, ne s'inscrivent pas dans une politique généralisée ou systématique, volontairement destructrice, qui caractérise notamment un crime contre l'humanité ».

Des faits trop anciens

Les faits invoqués concernant des violations des droits fondamentaux de ces dames sont par ailleurs trop anciens. Le délai de prescription, cinq ans dans ce cas, est largement dépassé. Ces faits ne peuvent donc plus être jugés puisque ces faits en cause ne sont pas considérés par le Tribunal comme des crimes contre l'humanité.
Quant à la demande de réparation, elle est refusée puisqu'il y a prescription pour certains faits et qu'aucune faute (ici, aucune infraction pénale) n'est reconnue.

À la mi-janvier, à la suite de ce jugement, les cinq dames et leurs avocats réfléchissent à introduire un appel.

Sources : Jugement de la 4e chambre du Tribunal de première instance francophone de Bruxelles. 8/12/2021


Lire l'article complet sur www.questions-justice.be



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